Jéricho

Publié le par Qalawun

Jéricho, "la plus ancienne ville du monde". Je me souviens de mes études d'histoire de l'art, lorsqu'on me parlait de la Tour de Jéricho, première structure du genre, de ses 7.75 mètres et de ses vingt-deux marches, phare de la révolution néolithique qui se jouait alors. Nous sommes au PPNA Prepottery Neolithic A, aux alentours du VIII ème millénaire. L'homme producteur était en train de faire couik à l'homme chasseur-cueilleur, la poterie allait être inventée et l'Histoire allait bientôt naître. C'était Jéricho du temps des Pierrafeu. Jéricho, aujourd'hui, n'est plus à l'âge de la pierre, mais une tour garde toujours son entrée. C'est le checkpoint de l'armée israélienne. Une file de voitures attend que les militaires fassent signe d'avancer. Aucun problème, il fait beau, c'est un poil long. Une centaine de mètres plus loin, un second checkpoint, celui des forces de sécurité palestiniennes. Jéricho est un des rares espaces en zone A où l'Autorité palestinienne a "pleine responsabilité pour la sécurité intérieure, l'ordre public et les affaires civiles". Ca se passe sans problème, l'officier a un air agréable et sourit. Jéricho est une belle ville, presque africaine. Il fait chaud, les rues sont bordées de palmiers, un léger désordre fait vivre le tout. Vers l'Ouest s'élève le mont des Tentations, vers l'Est la vallée du Jourdain et au loin le mont Nébo. Au premier, le Christ fut tenté par le Diable. Au second, Moïse y aperçu la Terre promise pour la première fois. Nous sommes sur la terre émergée la plus basse du globe. Nous voilà à plus de 400 mètres sous le niveau de la Méditerranée. On se promène dans les boutiques, cherchant des T-shirts de l'équipe de foot palestinienne, on mange un poulet au citron sur une terrasse où il fait chaud, avant de partir vers le monastère des Tentations. Je l'appelle comme ça parce que j'ai oublié son nom. Suspendu au mont, sur une falaise, le monastère est occupé par des Grecs orthodoxes. On voit jusqu’à la Jordanie, la mer morte au Sud, qui se vide, et le soleil qui vient de passer derrière le mont Qourountoul. Lorsque la porte s'ouvre devant un groupe de pèlerins arméniens et nous, un moine commence à faire son speech. Je sors -machinalement- mon appareil photo et fais en sorte de filmer la scène que je trouvais drôle. Voilà-t-y pas que je reçois de l'ermite une volée de bois vert, m'indiquant que si mon appareil se retrouvait cassé, j'en serais le seul et unique responsable. Ah bon ??? bref, le ola du curé fait rire une copine qui, d'un coup d'un seul, se prend elle aussi sa volée : pourquoi vous riez ? Quelle est votre confession ? vous êtes chrétienne ? alors vous devez respecter le lieu. Vous êtes musulmane ? C'est pour ça que vous riez ! Le tout répété plusieurs fois avec quelques modénatures. Nous sommes donc parti de ce monastère, en protestant fortement devant tant d'agressivité et de haine confessionnelle. Dans un lieu touristique - et saint - comme celui-là... Autant dire qu'on était sur le cul. La nuit tombe, j’oublie de récupéré toute ma monnaie au café et laisse un pourboire de 20 euros. On fait un détour par Qalandiah. Le terminal de passage a été spécialement conçu pour que le vent s’y engouffre. On fait la queue devant un tourniquet, dans un froid glacial, en observant l’ampoule rouge puis verte qui libère le tourniquet. Dans le sas, on vide nos effets personnels dans la machine à rayon X. Un, puis deux autres tourniques, et nous voilà du « côté israélien » du mur. En arrivant près de chez moi, le minibus collectif est arrêté par un van de policiers qui a posé un barrage volant. Le jeune juif russe, dont on ne saura pas s’il était vraiment juif, monte avec son M16 dans l’étroit passage entre les fauteuils du bus. Contrôle d’identité. Il embarque mon ID qu’il ne sait visiblement pas lire - ce qui lui vaudra un sarcastique « tu lis ptêtre mieux le russe ?! » - et les papiers de quelques Palestiniens. L’ordinateur, que j’aperçois par la porte ouverte du van sert à vérifier les identités. 15 minutes s'écoulent. Quand il redescend du bus, après avoir rendu les papiers, il se retourne d’un coup et fait mine de mettre en joug un passant au loin, brusquement.

 

 

 

 

 

Publié dans Jour après jour

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E
Ah, je vois que tu as fais l'expérience de l'ermite du monastère...très accueillant, je me suis fait engueuler au moins 3 fois à cause d'un soupçon de rigolage sortant de ma bouche pendant la visite. A la fin, et pour nous "remercier" de notre venue, ils nous a balancé des cartes postales avec une image du monastere. Je me suis dis chic! il est sympa après tout, mais après lorsque j'ai vu qu'il donnait main dans la main des images de la Vierge et de Jesus aux autres visiteurs, visiblement plus croyants que nous, j'ai compris qu'on était loin d'être bienvenus....
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O
Comme toujours il faut avoir les nerfs solides !
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