Mardi 6 octobre 2009
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Dans le genre coming out en grand, celui-là était plutôt pas mal. Un an après avoir été embauché dans cette
boîte, après avoir distillé au compte-goutte tout au long de l'année, à des personnes presque triées sur le volet, les informations importantes de ma vie privée, je suis tombé vendredi soir dans un
guet-apens organisé par mon Israélien et ma collègue de boulot. Je n'avais évidemment rien vu venir avant de me retrouver parachuté au milieu d'une vingtaine de personnes - moitié de collègues et
moitié de potes - dans un club de Soho. Choc d'importance, d'autant plus qu'aucun de ces deux mondes ne s'étaient jamais rencontrés. Au bout d'un an, je n'avais dit qu'à deux de mes collègues que
je vivais avec un homme, un Israélien. Ces deux-là étaient de la partie, mais tous les autres, je ne leur avais rien dit. Alors oui, je pense que tout le monde au boulot savait déjà; que j'étais
pédé. Je n'en fais pas vraiment mystère - surtout depuis que j'ai accroché le badge DIVA orange de l'expo Gay Icons à mon sac AA vert. Enfin, de la à retrouver tout le monde assis à m'attendre au
Freedom. Il fallait voir mes yeux de merlan frit en découvrant leurs gueules une à une.
Vendredi 2 octobre, c'était donc mon anniversaire. vers 16 heures, j'ai eu droit à une gentille carte de mes collègues avec une boîte de délicieux loukoums de chez Fortnum & Mason. La carte
était même signée par mon patron, W. Pas de gâteau, pas de bougies, pas d'effusion de bons sentiments, parfait quoi. Et moi de répéter que je n'étais pas un "birthday guy" de toute façon. La
journée avance. Il est 19h00. Une réception prout prout pour la communauté indienne a lieu dans les grandes salles du premier étage. Intitulée Education in India, la soirée est organisée
autour de l'ONG indienne Pratham. Je descends prendre une coupe de Veuve Cliquot, fait la connaissance d'une jeune trentenaire londonienne qui me mets littéralement le grappin dessus, mange trois
canapés puis dit au revoir à mes collègues et m'échappe pour retrouver mon Israélien. Je pensais donc avoir droit à un diner romantique dans un bon restaurant pour mon anniversaire. Mon Israélien
m'avait dit avoir réservé une table pour 21 heures avant quoi nous devions aller prendre un verre dans un bar. Je suis à 19h50 à Piccadilly circus où il m'attend. Il s'est acheté une jolie chemise
noire. Soho. On passe le Village, tourne à gauche dans Wardour street. En terrasse du Freedom il y a une table de libre mais qu'un seul tabouret. On décide de rentrer à l'intérieur, il y a une
table près de la fenêtre. Tiens, c'est marrant, il y a H., une copine de Yaron avec qui nous sommes allés voir un film en 3D il y a deux semaines. Tiens, c'est drôle, juste à côté d'elle il y a J.,
du département Art Russe, à l'étage du dessus. Tiens, c'est bizarre, il y a aussi P. du départment Valuations, puis ma collègue K., puis J., M. le beau spécialiste d'art chinois, puis le ptit U.
qui me draguait la dernière fois au bar straight. Waouw. Qu'est-ce qu'ils font tous là? Happy Birthday : tous en choeur. (parfois je me dis que je devrais donner des noms imaginaires plutôt que ces
initialies à la con). Une bonne partie de mon petit monde londonien est là ce soir.
C'est fou comme ce genre d'instant semble durer une éternité - celle qui faut pour comprendre ce qui se passe. Voir toutes ces têtes connues et faire le lien entre elles. Tout le monde a commencé à
boire un peu, il n'y a que des gens plutôt heureux d'être là. C'est fou ça. tout ce monde rien que pour moi sans m'être rendu compte de rien. Bluffé par l'organisation de mon Hamoudi et de ma
collègue spécialiste - qui à ce moment était encore empétrée dans la soirée prout prout pour la communauté indienne (avec dîner placé). Je n'avais rien vu venir. Donc ça y est, mes collègues savent
tous que je partage ma vie avec un homme, qu'ils ont tous vus. C'est marrant, je me sens presque soulagé. Surtout que la soirée était plutôt réussie. J'ai beaucoup bu, ça a peut-être enjolivé les
choses. On a quand même fini vers 2h30 après s'être arrêté dans un autre club. Au shadow lounge, encore, bondé.
J'ai reçu comme cadeau une sorte de set de beauté d'un des plus vieux parfumeurs de Londres, fournisseur de la famille royale, by Appointment to Her Majesty the Queen, on ne peut plus anglais donc,
D.R.Harris. Il y a même du baume à lèvres.