Le Stansted express n'avait rien d'express jeudi dernier. Puisqu'il fallait tester les chemins de fer anglais,
j'avais décidé pour être plus vite à l'aéroport de prendre le train à Liverpool street plutôt que le bus de Victoria station. Evidemment, pour 18 livres au lieu de 7, j'étais le dernier dans
l'avion. Un train bondé comme un métro à l'heure de pointe et qui se traînait comme la micheline Angoulême-Ruffec. Les 35 minutes vantées sont au moins à multiplier par deux. Welcome back to the
19th century railroad.
Stansted et l'avion donc, assis à côté d'un couple de beaux pédés qui n'engagent pas la conversation. Ryanair. J'achète une mini boîte de Pringles pour 2 pounds, je dors et me réveille la bouche
ouverte - ce que je déteste, surtout à côté du couple de beaux pédés. On est arrivés. Marseille Provence. Il fait chaud. Ma tante. La twingo. Le vieux port, le Roucas Blanc. Elle a cinquante ans
bientôt ma tante. Sandwich au jambon de Parme, verre d'eau pétillante maison. Encore une stupidité du modern home mais j'avoue que la cuisine en béton ciré est fantastique. Dodo dans les draps qui
sentent bon.
Soleil. Marseille m'éclate les yeux. Du bleu, du bleu, du bleu. On en jouirait. Là, partout dans la cour de la
Vieille Charité, les vieilles pierres vous éclaboussent leur soleil à la gueule. Le musée d'antiquités méditerranéennes, le musée d'arts premiers. Je reste longtemps dans la salle sombre à regarder
un immense bieri Fang qui sue encore sa patine noiratre et grasse. Les employés du musée n'ont rien à faire et discutent, assis, en petits groupes dans la cour ou aux étages. La chapelle de Puget
est inaccessible. Je m'en vais. Regarde les Marseillais. Un beau beur maigrichon me sourit. J'achète une ceinture. Bleue. J'ai finis par me lasser du vert. On m'accompagne à la gare Saint-Charles
sur une grosse moto BMW de 1981, mon année de naissance. Le train pour Hyères. J'ai des idées dans le caleçon. J'essaye de dormir. Il fait plus chaud encore.
Un saint-pierre m'attend au restaurant quand j'arrive. Bonsoir, bonsoir. Tout le monde est là. Le bateau amarré au revers d'une grande digue. Petit joint sur les pierres. On dort. La couchette
grince quand je bouge. Un moustique, demain on part en mer. Petit déjeuner. En fait de mer, on se contentera de naviguer les quelques miles entre les îles du Soleil et la côte. Porquerolles,
Porcros, le port de la Niel. Pas un nuage. Je ne mesure pas mon bonheur. On jette l'ancre dans la baie des Langoustiers. D et moi rejoignons la plage à la nage. C'est long mais agréable. Je n'avais
jamais nagé en pleine mer comme ça. Les autres , plus peureux ou paresseux, restent au bateau. Restaurant le soir, une daurade d'un kilo cette fois. Ruineux mais délicieux. Le bateau est à un corps
mort au milieu du port. Il faut y aller en annexe, le petit bateau gonflable à rames - un exercice pas toujours facile de nuit. A Porcros le lendemain. Brûlé par le soleil. Une végétation qu'on
croirait sortie d'une île de cannibales du Pacifique. La crête, successions d'îles, de falaises tombant abruptes dans le bleu, le silence du vent. Ce sont ces rares moments où tout est presque
arrêté, où l'on a besoin de rien, pas même de pisser, où l'on oublie tout. Je pisse tout de même en haut du belvédère, le vent dans le dos. La nuit, les rames du youyou (le bateau gonflable)
réveille le plancton phosphorescent qui luit dans les remous.
La route des forts. Le vallon de la solitude. La pression au port. Les chiottes du port. Le joint fumé en deux
fois puis le youyou , encore. Le lendemain, dans l'eau, un banc de sars a décidé de nous suivre alors qu'on nage jusqu'à la plage. Ca fait drôle d'être suivi par une cinquantaine de poissons. Fou
rire à en réveiller les bateaux à côté. Une blonde sort de la cabine d'un petit yacht. Un autre, plus aigri d'avoir été réveillé à huit heures, nous engueule. A rester presque nu toute la journée
je suis rapidement bronzé. On pourrait vivre des jours et des jours comme ça, comme dans les limbes du Pacifique. Les vacances. Restaurant du haut de la presqu'île de Giens. La baie, le vent, les
brochettes de thon. Le maître d'hôtel, sorti des cuisines, nous ramène aux années 60, cheveux teints en noir, veste à (très) large col en pointe, strabisme prononcé. L'hôtel, rose passé, sent le
savon et la lavande. Quelques serveurs à la livrée beaufe, d'un autre temps elle-aussi. Il y a un trentenaire âgé qui fait marcher mon imagination. Pas un regard. Je n'ai plus vraiment d'argent, il
va falloir rentrer. Bye bye le bateau. C'était presque un weekend en famille avec D. Comme avant. Sur le port d'Hyères je me brûle les pieds. Train. Marseille. Ryanair. Stansted. Chez moi à 3
heures du matin.
Mon Israélien dort complètement emmailloté dans la couette. Il fait horriblement chaud et je me demande comment il fait. Il a passé le weekend à Berlin et pris des photos du mémorial de la
déportation des homosexuels. Je crois que ça lui a plu. Je suis content de le retrouver. Boulot. L'été fait travailler les hormones. Ces périodes où l'on trouve tout le monde beau. On joue parfois
avec le feu. C'est de saison. Gay Pride et short rose. La tenue marche assez bien puisque j'ai droit aux commentaires des passants dans la rue. Je suis ruiné, même pas de quoi payer des coups dans
les bars chics où l'on finit la nuit. Ca m'ennuie. Comme un ami d'ami qui s'est mis en tête de me toucher les cheveux : je déteste ça. Surtout quand ça vient d'un inconnu. Il m'ennuie et je fais en
sorte qu'il ne revienne pas avec nous à Hammersmith. On déconne avec les amis de mon Israélien. Ca flirte. La salle vip du Green Carnation finit vite par m'ennuyer elle-aussi. J'ai envie d'aller
faire un tour, de croiser du monde, de voir des nouvelles têtes. Soho n'est plus qu'un dépotoir habité d'élégantes saoûles et de barbus en short. Un Humvee rallongé en limousine a du mal à tourner
dans Old Compton street. Il n'est que minuit et demi quand on rentre. Le métro était une horreur de touristes entassés, puants et fatigués. Comme moi, sans aucun doute. Un couple d'Italiens sort du
Barbier de Séville au Royal Opera House. Je vois le livret dans le sac du mari. Maison. Dimanche. Coiffeur à Soho, redevenu propre : elle a coupé les côtés mais pas le dessus. J'ai l'impression
d'avoir un petit chien sur la tête. On verra les réactions au boulot demain. J'ai perdu 10 livres dans la rue. Grrrr.
La Gay Pride m'a fait du bien. D'abord pour voir du monde. Pour voir des pédés, de l'excentricité, des beaux mecs et entendre de la musique forte. Se sentir pareil. Même si on a parfois peu en
commun, évidemment. Ensuite pour pouvoir mettre mon short et mes bretelles roses sans avoir l'air de dépareiller, puisque ce n'est pas au boulot que je peux faire ça. Ensuite parce qu'il faisait
beau et chaud et que je n'ai pas eu froid, même en tongs. On va croiser les doigts pour que l'été reste chaud.
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