Lundi 25 mai 2009
J'ai vraiment envie de me foutre au pieu avec un bouquin. Des histoires de putes et de violences sectaires à la télé anglaise. Rien d'alléchant. J'ai commencé Dracula. Le vrai, de Bram Stoker. 

I heard a heavy step approching the great door, and saw through the chinks the gleam of a coming light. Then there was the sound of rattling chains and the clanking of massive bolts drawn back. A key was turned with the loud grating noise of long disuse, and the great door swung back.
Within, stood a tall old man, clean-shaven save for a long white moustache, and clad in black from head to foot, without a single speck of colour about him anywhere. He held in his hand an antique silver lamp, in which a flame burned without chimney or globe of any kind, throwing long, quivering shadows as it flickered in the draught of the open door. The old man motioned me in with his right hand with a courtly gesture, saying in excellent English, but a strange intonation:-
"Welcome to my house ! Enter freely and of your own will !"
[...] -
"Count Dracula ?" He bowed in a courtly way as he replied : -
"I am Dracula."

Il faut que je lise un peu de littérature en anglais et ce bouquin est certainement une belle chose. Le style est prenant, une compilation de lettres et de notes, datées, qui suivent la progression du voyage du narrateur, Johathan Harker. Il est venu finaliser la vente d'un estate anglais au comte Dracula et apporte avec lui jusqu'en Transylvanie les papiers à signer. Le comte le retient ensuite pour parfaire sa connaissance de l'anglais. On verra pour la suite. J'ai quelques images en tête du Dracula de Coppola et quelques images d'un Dracula des années 50 que je regardais quand j'étais petit qui était, à mes yeux, beaucoup plus effrayant. Je garde un souvenir assez marqué de ces vieux films que mon beau-père compilaient, péplums et films de cape et d'épée : Jason et les Argonautes, Ben Hur, les trois mousquetaires, Angélique, ... Il avait une collection de films assez impressionnante, surtout si l'on se rappelle la taille des bonnes vieilles cassettes vidéo. Il y en avait plein les murs du couloirs de notre appartement rue Claude Chahut. Elles étaient toutes étiquettées de différentes couleurs suivant le genre, répertoriées dans un grand classeur indexé. Et rarement regardées, sauf par moi. Les étiquettes rouges, jaune ou vertes étaient réalisées avec cette fantastique machine à écrire des étiquettes sur une fine bande de plastique enroulée à l'intérieur et sur laquelle les lettres choisies étaient pressées - imprimées - sur le revers. La machine avait la forme d'un gros pistolet. Evidemment je n'avais pas le droit d'y toucher.

Quoiqu'il en soit, j'étais fasciné par Milady dans les Ferrets de la reine ou Joffrey de Peyrac dans Angélique. Avec  du recul, je me dis que c'est étrange de trouver Joffrey beau quand on a sept ans. C'est vrai qu'il était beau Robert Hossein. Mon beau-père était un peu fou, pas seulement parce qu'il collectionnait les films à une époque où enregistrer et sauvegarder étaient une tout autre histoire, mais aussi pour plein d'autres raisons que j'expliquerai plus tard. Il y a de toute façon quelque chose d'étrange dans la collection compulsive comme ça. C'était même le fait d'amasser plus que de collectioner. Cela me rappelle d'ailleurs qu'il ne jettait rien. Rien. La collection ; plaisir de rétention lié à la zone anale comme l'avait librement évoqué un collectioneur de dessins, co-auteur du catalogue raisonné de l'oeuvre de Poussin, venu parler aux étudiants du Louvre quand j'étais en quatrième année. Mon beau-père était mon beau-père, père de mon frère, et couchait avec des hommes. Je ne l'ai su qu'après sa mort. De là à dire que les collectioneurs aiment se faire enculer, il n'y a qu'un pas.

Publié dans : Jour après jour
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