Lundi 6 avril 2009
J'aurais pu me faire une tisane mais j'ai ouvert une bière. Après tout, ça désaltère vachement mieux. Puis ce n'est pas parce qu'il est 23h que je peux pas ouvrir une bière. J'ai fait la vaisselle, la cuisine, j'ai mangé, j'ai lu. Je peux bien ouvrir une bière. Mais j'ai mauvaise conscience parce que je sors du club de sport. J'étais au Third Space après le boulot. Une petite heure et demie. J'ai brûle près de 500 calories au vélo. Fait du rameur, de la muscu, des abdos. Il n'y a pas grand monde à cette heure là. Quelques femmes, quarantenaires, qui prennent un cours particulier sur la rangée de vélos, un cours de self-defense au premier étage, un Anglais qui s'excite sur un rameur. Personne à mater, alors je fixe la glace en pédalant. Le temps passe vite, je vais aux douches. Ambiance aseptisée, ça sent le camphre. Les mecs ne sont pas particulièrement pudiques. Pas du tout même. Ca se ballade à poil sans complexe. Il n'y a pas que de splendides éphèbes mais la moyenne est plutôt pas (très) élevée. J'ai l'impression de me retrouver dans la pub Dolce et Gabbana avec l'équipe italienne de rugby. Le club est dans un quartier plutôt aisé et l'abonnement coûte une fortune. Les clients sont suffisament argentés pour prendre soin de leurs corps. Personne ne parle, tout le monde se change, sort de la douche, se sèche, se matte dans la glace, se coiffe, etc. Pas un mot. L'ambiance est pas particulièrement détendue. Elle est même plutôt électrique. J'ai l'impression que tous les mecs se jaugent, essayent d'apparaitre le plus sérieux possible, le plus concentré, le plus ailleurs, le plus "j'ai masterisé aujourd'hui". Chacun prend soin de se montrer discrètement, de s'arrêter devant la glace, de passer et repasser, la serviette autour de la taille ou à poil, tout se joue dans le détail. Je m'assoie sur le banc près de mon casier. Face à moi une belle paire de fesses qui appartient à un mec qui ne paye pourtant pas de mine, petit et chauve. Sur ma droite mais caché par une longue avancée des casiers de métal, un  jeune dont je peux voir le reflet dans le miroir de gauche avec un engin impressionant, coupé, les poils taillés. Il s'applique à plier son jogging. C'est une anatomie presque chirurgicale. Le genre de corps qui m'ennuie. Un autre homme ouvre son casier juste à côté de moi. Il me frôle. Pas un regard, pas d'ambigüité, c'est juste un mec. Moi je ne me mets pas à poil, ou alors rapidement. J'aime pas ça. En fait je crois que ça m'excite, c'est pour ça que je ne le fais pas. J'ai toujours l'impression que la semi-érection n'est pas loin en me mettant à poil dans un vestiaire. Fantasme où es-tu ? Alors à chaque fois j'amène ma serviette et mon slip de rechange jusque dans la douche. Ca évite les accidents de parcours. Je sors. La rue. Piccadilly Circus. Le métro. Hammersmith. Chez moi. La vaiselle, la cuisine, la bière et la boucle est bouclée. Il faut que je démystifie les vestiaires.


Publié dans : Jour après jour - Communauté : Gays news
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