Ok, c'est un peu vieillot cette bannière. Mais j'aime beaucoup la peinture orientaliste. Cette exécution
sommaire sous les rois maures de Grenade m'a toujours fait de l'effet. J'avais d'ailleurs déjà évoqué cette peinture d'Henri Regnault il y a quelques temps. Il y a quelque chose de majestueux dans ce geste du Maure. Une exécution sans doute arbîtraire que le regard plein de dédain du grand
homme souligne, et sommaire puisque la triste victime gît sur les marches d'un escalier, tombée à la renverse, face au bourreau, sans nulle trace de procès. On ne sait pas s'il y a un entourage, si
l'exécution quoique sommaire fut aussi publique, devant une foule d'attendants réjouis et dégoûtés, ou si elle n'est que le fait d'une mauvaise rencontre au détour d'une colonne, là, à l'entrée du
salon de Commarès, subite et silencieuse dans un palais vide. Cette coulée de sang est affreusement présente, visqueuse et écarlate mais presque trop belle pour être vraie. C'est finalement quelque
chose d'assez touchant, le sang, dans la peinture. La giclée s'échappant d'Holopherne décapité par Judith, dans le tableau du Caravage, est irréelle mais puissante. Je suis tombé presque amoureux
d'une oeuvre de Taner Ceylan, Spiritual, qui dépeint un boxeur en plein combat, on ne voit que son visage et ses épaules à la façon d'un portrait photographique, l'arrière-plan est flou,
il n'y a pas de profondeur de champ puisqu'on doit se concentrer sur le visage du boxeur, tâché de sang, amoché par les coups, un filet visqueux de salive et de sang s'échappe de sa bouche. Il se
bat à main nue. La peinture copie la photographie, copie le réel, mais est bien plus profonde, plus touchante. La peinture transforme la violence en un moment de beauté, figé, cristallin, la
douleur du boxeur devient concentration, volonté, résistance. Et puis ce mec est beau, quand même. Je ne vais pas m'étendre sur l'esthétique du sang mais cette matière a tout de même quelque chose
de fascinant.
Taner
Ceylan (1968-), Spiritual, 2008
Huile sur toile, (Sotheby's, 4 mars 2009)
Fascination morbide. J'étais samedi dernier à la GUM clinic de Soho, la Sexual Health clinic, pour un check-up
complet. Ambiance Bienvenue à Gattaca, questionnaire, magazines, radio, et ça sent même pas le clou de girofle. Jasper, le grand médecin blond au sourire email diamant, m'a palpé les couilles.
Elles vont bien. C'est même pas excitant chez le médecin. Je suis ensuite passé entre les mains d'une femme médecin, probablement lesbienne à en croire sa coupe de cheveux grisonnants, son pantalon
un peu mec et ses lunettes carrées. Charmante. Elle m'interroge sur ma lecture, Justine, de Lawrence Durell, en anglais, évidemment. J'ai toujours voulu lire The Alexandria Quartet.
Lors d'un de mes longs étés égyptiens, il doit y avoir cinq ou six ans maintenant, j'avais rencontré une sorte de dandy canadien, blond et effilé, francophone, francophile et de Vancouver. Pavel.
On avait bien accroché. J'étais un peu fasciné par ce gars distingué, dépensant joyeusement son argent en invitant tout le monde, ne comptant pas, s'achetant une Ducatti pour s'échapper du Caire le
week-end et filer vers Alexandrie à toute blinde, sans casque, tête brûlée. Pavel lisait Lawrence Durell. Probablement influencé par ses lectures, c'était Nessim, grand, aristo et ailleurs.
Je reviens à ma médecin lesbienne qui m'a ponctionné deux ampoules de sang, l'un pour le mal napolitain (la syphilis), l'autre pour l'hépatite B. Je n'ai jamais eu peur des aiguilles. Au
contraire, je suis toujours fasciné par la facilité avec lesquelles elles s'enfoncent dans une veine, sans douleur. Le cathéter est en place. Elle insère les tubes l'un après l'autre qui se
remplissent. Le premier très vite, le second un peu moins. Un sang très sombre. Je lui demande naïvement et connaissant la réponse si le sang des artères est plus rouge. Elle me répond que oui en
riant. Je lui demande si, comme en France, les homosexuels ne peuvent donner leur sang. Elle me répond qu'en Angleterre non plus les homosexuels ne peuvent donner leur sang. Sommes-nous une
population plus à risque qu'une autre ? La transmission hétérosexuelle du VIH n'est-elle pas la plus importante voie de transmission du virus, et de loin ? Autres temps, autres moeurs. Il va
falloir changer.
Autres tests. Pipi dans le pot. Je place le gobelet dans une petite trappe à deux portes. Elle le récupère. Je m'en vais. La visite à la clinique aura aussi confirmé ma séronégativité au VIH. Le
test prend 5 minutes et une piqûre au bout du doigt. En répondant aux questions de Jasper, je me rend compte au fur et à mesure de la discussion que les risques sont minimes, voire inexistants, et
qu'il m'est absolument impossible de l'avoir choppé. Mais on sait jamais, on gamberge, on se dit qu'à tel ou tel moment il y aurait pu y avoir un risque, on remonte des années auparavant, jusqu'au
dernier test, il y a près de deux ans et demi. Jasper me demande à quand remonait le dernier test de mon Israélien. Incapable de répondre. Si j'étais son unique partenaire. Ha ha. ?. Coïncidence ou
pas, il est allé faire un test avec ses amis pédés quelques jours après. Il est temps de sortir. Il fait beau.
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