Mercredi 17 décembre 2008
Dans le métro, samedi. L'overground. De l'air. Je n'aperçois qu'une succession parallèle de toits noirs et
luisants. Il pleut. Le train passe la BBC et ses paraboles géantes avant de s'engouffrer dans les tunnels. Comme on est samedi le train s'arrête à Edgware Road et ne continue pas plus loin. Il faut
changer de ligne pour arriver à Saint Pancrass où je dois rejoindre une amie qui arrive de Paris. Il fait froid à me geler les doigts. Tous les passagers descendent péniblement du train une fois
atteint le terminus anticipé. Certains ont des grosses valises qui roulent. Couleurs extravagantes dans le monde morne de la Hammersmith & City line. L'I pod me lâche. Le salaud. Me laisser
dans cet endroit lugubre sans musique. J'ai acheté un trio pour piano de Shubert, le plus connu, celui avec les simples petites notes de piano au début et le trille. J'arrive donc à la gare,
croyant être en retard. Mais je suis en avance de quelques minutes. Il est 15h47. Environ. Et je regarde les gens sortir. Il y a beaucoup de Français, vu que c'est l'Eurostar. Plus ou moins
bobo-isés, city-sés, beauf-isés, etc. Bref, une foule de gens différents. Je regarde un couple d'hétéros qui s'embrasse. Je regarde un amoureux bodybuildé retrouver son amoureux moins bodybuildé.
Ils s'embrassent comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des plombes. La Manche, c'est chiant parfois. Et ça passe, et ça passe, des moches, des beaux, je baille, regarde, pense. La voilà qui
arrive, ma grande blonde d'Egypte. On s'en va. Il pleut des cordes. Encore. Pot, achats, bière, restau, bière, The Village, encore. On découvre l'arrière salle du bar gay. Sympathique. Au moins, je
ne me fais pas draguer par un homme âgé cette fois. Ma grand blonde doit leur faire peur. Mais c'est pas les regards qui manquent. On boit, on boit, on boit. Puis on a chaud. On part pour échapper
à la chaleur de l'endroit. Ils ont probablement augmenté la température pour pousser à consommer. Il pleut, encore. Métro.
Le lendemain. Royal Academy of Arts. J'ai des places gratuites pour mon Israélien et ma blonde d'Egypte. Ma boite est membre de l'institution, ou du genre, donc je rentre gratis. Byzantium. Une
suite de trésors. Principalement le trésor de la basilitique Saint-Marc de Venise. D'importants panneaux d'ivoire, des bijoux, des icones, en fait tous les ors de Byzance. C'est un délice pour les
yeux, un calvaire pour ceux qui cherchent un minimum d'explication. Il n'y a rien. Rien et le psaultier Khludov; là, dans une petite vitrine. Le petit manuscript sur parchemin que seuls connaissent
ceux qui n'avaient rien d'autres à faire qu'étudier de l'art byzantin. Dans les marges, il y a iconoclaste effaçant à la chaux une icone du Christ. Délicate miniature qui raconte son temps. La
peste, les famines, les attaques arabes du VIII ème siècle avaient poussé les gens vers les croyances excessives, les images acheropoïetes et les autres hérésies. Réactions iconoclastes et lutte
des iconodules, un mot que je n'aurais entendu que sur les bancs de l'Ecole du Louvre. Les iconodules. Le culte des images est enfin rétabli au IXème siècle.
Là, plus loin, les panneaux de bois de la Mu'allaqa, la fameuse église suspendue du Caire copte, merveilles de l'art du bois mamlouke. Une nativité gravée dans le bois montre le petit Christ dans
l'étable qu'observent benoîtement l'âne et le boeuf. Enfin les icônes de Sainte-Catherine-du-Sinaï. The heavenly ladder et ses trente degrés pour parvenir au Paradis. Vingt-trois pour vaincre les
vices et sept pour acquérir les vertus. Cette exposition est une véritable déléctation pour les yeux et la tête. A voir après quelques années d'études d'histoire de l'art. 12 livres sterling pour
ne pas avoir d'explications, c'est nul ! Comme je le disais, je n'ai pas payé.
Hier, diner chez mon boss, le chef de mon département. Un Anglais on ne peut plus anglais. Marié à une très jolie Américano-allemande nationalisée britannique. Deux charmants enfants, l'un aux
boucles blondes, finissant doucement son adolescence, l'autre aux boucles rousses, une fille de 18 ans. De beaux gamins. L'intérieur n'est pas d'un goût aussi raffiné qu'on pourrait le penser pour
le genre d'homme qu'il est - mais après tout il est Anglais - mais chaleureux. Il y a une peinture d'un immeuble en feu au dessus de la cheminée. C'est étrange, sans doute prophylactique.
J'apprends que c'est une peinture de la grand-mère. Un peu "médiéval" le décor, comme dira ma collègue française. Flambeaux aux murs avec bougies, encoignures, meubles de bois sombre et
peintures bleu profond dans la salle à manger. On mange - et c'est bon, une soupe de maïs betterave et un carry de crevettes -, on boit du vin français, fromage français, on parle de tout et de
rien. Enfin, du boulot aussi. La crise, les restructurations. Mon boss essaye de nous rassurer. Nous sommes vus comme un département à forte croissance potentielle. On devrait éviter les
licenciements. Ca tombe bien, mon poste a été créé pour moi et j'ai pas envie qu'on se passe de mois. Demain, c'est la soirée de noël de la boite. Première partie de soirée culs serrés, deuxième
partie de soirée beuverie et sauterie. A ce qu'on dit. On verra bien.
Commentaires