Dimanche 11 mai 2008
Tags : Israël 60 ans

J'étais invité samedi à bruncher chez un couple qui habite le quartier de Rehavia. Lui est informaticien au ministère du Tourisme et elle éducatrice pour jeunes enfants. En attendant de finir ses études, elle travaille au Toys'R'us de Talpiot. C'est elle qui nous a founis en déguisement pour les deux derniers pourims. Comme elle ne compte qu'un article sur deux quand on passe aux caisses, ça fait réaliser des économies substantielles. Bref, là n'est pas le propos. Samedi, c'est une belle journée. Il fait bon au soleil mais un peu frais à l'ombre. Une légère brise vient titiller le poil qui a tôt fait de se hérisser. Il est midi. Je gare la voiture dans le quartier tranquille. C'est shabbat, les gens sont chez eux. Il n'y a pas de voiture dans les rues. Quelques gars à kippas tressées, bleues et blanches, passent à côté de moi. Leurs longs tsitsit s'agitent à chaque pas. Loin devant, au bout de la rue, un haredim, noir, barbe noire, chapeau noir. Il semble moins pressé que ses confrères de Mea Sharim.






A propos de ce quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, Mea Sharim, où vivent quasi recluses des communautés très fermées de juifs ashkénazes et rigoristes, j'ai voulu y passer en rentrant de Tel Aviv, vendredi soir. Il devait être en 18h30 et 19h00 ; c'est à dire à l'heure où shabbat commence. Je sens bien que je suis border line. A l'orée du quartier, déjà les petits hommes en noir sortent de partout, sans doute pour aller au Kotel. Leurs enfants et leurs femmes, seuls éléments légèrement colorés (en blanc) de la rue, s'agitent sur les trottoirs. Je suis une voiture qui file rapidement en s'enfonçant dans une large rue du quartier. Je suis stoppé par un feu rouge et j'entends alors des bruits de gamins qui crient. Paf ! Le bruit métallique d'une pierre sur ma carrosserie. Bling. Je vois dans le rétroviseur la troupe de gamins qui s'agitent. Hauts comme trois pommes. Six ans, peut-être huit. Et les pères qui ne font rien. Une vieux monsieur bedonnant, le streimel bien vissé sur la tête, regarde la scène impassible. Je comprends vite qu'il me reste qu'une chose à faire, griller le feu rouge et faire demi-tour, illico. En repassant en sens inverse, le moteur rugissant pour me casser au plus vite de l'endroit mal fâmé, je vois la petite troupe ramasser d'autres cailloux. Ils loupent leur cible et je file vite retrouver la route du mont Scopus. Je suis surpris car les haredim ferment d'habitude leurs rues à la circulation dès le shabbat commencé. Et la police, qui tentait autrefois de s'interposer et de laisser les routes ouvertes et accessibles, laisse aujourd'hui faire.





On monte les escaliers du petit immeuble de pierre blanche. Ils se ressemblent tous dans le quartier. Deux ou trois étages, en retrait sur le trottoir avec un petit jardinet devant. L'entrée sur le côté donne accès à la cage d'escalier éclairée d'une lumière zénithale. Chaque appartement a son balcon. Trois pièces, en général et des fenêtres qui ne s'ouvrent pas comme chez nous, avec deux battants, mais qui coulissent. On entre, Maya et Nati, qui ont invité beaucoup d'amis pour le brunch, sont encore presque seuls. Un couple cachés derrière de grosses lunettes de soleil est assis sur un hamac, un joint à la main. Le balcon que je découvre est une merveille. C'est une jungle miniature de plantes grasses et odoriférantes aux noms fabuleux. Je retiens une menthe citronnée à laquelle je me frotte longuement les doigts. Je fais sentir à mon Israélien. C'est un délice. Maya, comme Nati son concubin, sont petits, sympathiques et un peu gros. Leur chatte, Marylin, est une vraie salope, n'hésitant pas à vous faire les yeux doux pour venir vous mordre ou vous griffer. Et dieu sait que j'aime les chats. Elle est aussi grassouillette que ses maîtres dont je connais l'amour pour les films américains, la junk food, les photos de vacances à Chypre et les totems d'Apaches ou d'Appalaches. Le couple nous fournit habituellement en dvix et autres mauvais  films que j'ai souvent bien du mal à choisir. Peu importe. Je me lave souvent le cerveau devant ce genre de films. Chose pour laquelle je les remercie d'ailleurs très souvent.






Arrive Meshmesh, de son vrai nom Tamar, une serveuse du Gula qui bosse aussi je ne sais où. Cheveux frisés, aux formes généreuses, proches du disgracieux. Elle est sympa. Ses cheveux roux lui ont valu son surnom d'abricot. Un couple, Eli et sa copine. Lui est charmant, hétéro mal dégrossi, petit et poilu, j'aime. L'oeil sympa, rieur, les dents du bonheur. Il a des grosses chaussures de marche, rien de distingué, au contraire. Mais des faussettes délicieuses. Je lui casserais bien les pattes arrières comme j'aime dire de temps en temps. Je croise un ou deux de ses regards ambigüs pendant le brunch, entre deux passages près de la table du salon pour se resservir, moi la main dans le homos, lui saisissant un jachnoon, ces traditionnels boudins de pâte mous et servis chauds, une spécialité du Yémen. On s'engueule presque sur la couleur du drapeau jordanien qui est hissé sur un mât de cinquante mètres à Aqaba. Je soutiens que c'est le drapeau jordanien. Il soutient que c'est un drapeau islamique, hissé là pour être vu de l'Arabie saoudite et de l'Egypte, toutes proches, et d'Israël à... 5 kilomètres. Cela me paraît improbable voire être une énorme bêtise. "La Jordanie n'est pas un pays hostile, pourquoi met-elle un drapeau qui ressemble à celui des Palestiniens ?" m'interroge-t-il. Quelle drôle de conception : arborer un drapeau palestinien (encore eut-il fallu que s'en fût vraiment un, à Aqaba, les deux drapeaux jordanien et palestinien ne se distingant que par la présence d'une étoile à 7 branches) est un signe d'hostilité à Israël... ?!! Encore un bel exemple des amalgames et de la parano en vigueur en Israël, même chez les jeunes. Sa copine ne m'intéresse pas vraiment, même si elle ressemble à une Ophélie préraphaélite.






Une jeune femme qui finit ses études de Chimie me raconte les malheurs d'une amie non juive qui tente de s'établir en Israël pour travailler. Elle est journaliste, me dit-elle et n'arrive pas à se voir accorder un visa de travail.  Elle n'en revient pas quand je lui raconte les déboires d'autres gens sans histoire venus exercer leur métier de journaliste en Israël. Elle s'insurge rapidement contre la politique de son pays mais me tourne rapidement le dos quand je mentionne les Territoires Palestiniens. "Ah ? Vous allez là bas ?"






Il y a Nicole qui revient d'un voyage en Espagne dont elle a rapporté la frange célèbre des madrilènes. Robe courte à fleur, quelques piercings aux oreilles, une peau bronzée. Elle a un rire éclatant, à gorge déployée et semble rire de tout. Des chevilles à ravir l'homo le plus endurci. Elle parle fort et bien l'anglais. Elle ponctue ses histoires de muchachos et autres amigos. Elle est drôle et terriblement belle et vivante. En fait, tout le monde n'est pas aussi vivant qu'elle. Elle pourrait être une héroîne de film, sur les années 60, la révolution sexuelle, Almost Famous ou je ne sais quoi. Cette fille est éminement sexuée et débordante de charme. Bref. La véritable révélation de ce brunch que je ne peux m'empêcher de regarder. Elle ne me jette pas l'ombre d'un regard. Du monde, d'autres gens. Une jeune fille qui part s'établir au Nouveau Mexique, à Albuquerque et d'autres que je ne connais pas, perdus au milieu de la jungle du balcon.






Un grand drapeau israélien flotte sur le balcon, en haut d'une longue perche. Il fait beau, jaune bleu vert et blanc. Ces gens sont beaux et tout ça est très agréable. Chose insolite, des milliers de drapeaux israéliens, distribués dans tous les journaux du pays, ont été mal imprimés : l'étoile de David, dont deux des pointes font d'ordinaire face aux deux bandes bleues du drapeau, a subi une rotation de quelques degrés, modifiant subreptiscement l'agencement du drapeau. Sacrilège perpétré par l'industrie chinoise. A moindre coût, drame d'Etat. Le tiers des drapeaux du pays, tous suspendus aux fenêtres sont de mauvais drapeaux.



Publié dans : Jour après jour - Communauté : Voyages
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